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Dans sa traditionnelle analyse annuelle de tendances en nouvelles technologies, publiée depuis sept ans à chaque début d’année, la société-conseils montréalaise VDL2 y allait en 2005 de cette prédiction étonnante :
Internet TV… enfin!
La vidéo sur Internet atteint enfin sa maturité grâce au développement d’Internet Haute Vitesse et à l’évolution technologique ininterrompue depuis 1995 qui se concrétise dans le codec H.264. Cette maturité va se traduire par une multiplication de l’offre ainsi que par l’apparition de nouveaux modèles d’affaires alimentés par les bouleversements qu’Internet impose aux industries de la télévision et du cinéma. On va donc voir arriver de nombreux projets de diffusion de contenus télévisuels sur Internet, remettant en cause le rôle habituel des distributeurs afin de transformer les limites de la télévision actuelle (contrainte de choix et contrainte d’heure) en un gigantesque libre-service télévisuel dans lequel les internautes pourront monter leur programmation en toute liberté.
Bilan des tendances 2005 (VDL2) :
http://www.vdl2.com/demain/fr_dema_tend_2005.html
Début d’année 2006, VDL2 publiait son bilan sur cette prédiction controversée :
Bilan
Une autre prédiction qui s’est pleinement réalisée. Entre Google Vidéo et le iPod d’Apple, des dizaines de nouveaux modèles de diffusion de contenu vidéo via le web ont été annoncés. En parallèle, les réseaux de télévision multiplient les accords pour assurer la présence de leurs contenus sur ces nouveaux marchés. Ces derniers restent néanmoins pris dans le paradoxe entre leur besoin de rester proches des consommateurs et leur absence de modèle d’affaires réaliste. Peu d’émissions trouveront preneur à 2 $ l’épisode pour un visionnement de qualité inférieur à celui de la bonne vieille télévision sur laquelle l’émission est…gratuite.
Bilan des tendances 2005 (VDL2) :
http://www.vdl2.com/demain/fr_dema_tend_2005.html
Et aujourd’hui? En 2006? Dans une allocution fort remarquée, le grand patron de Québécor, Pierre Karl Péladeau y brossait un vaste portrait des changements qui se produisent actuellement dans le monde de la télévision.
La révolution numérique change en profondeur le mode de création et de diffusion des émissions.
La vidéo sur demande est en pleine expansion, l’enregistreur numérique personnel (qui permet d’éliminer les publicités des émissions) se propage et la télévision sur Internet est à nos portes. Le téléchargement de la musique a bouleversé l’industrie musicale, et ce n’est que le prélude à la prochaine grande révolution : le téléchargement des vidéos et des émissions sur Internet et sur les mobiles. M. Péladeau rappelle d’ailleurs qu’Apple vient tout juste de lancer son iPod vidéo.
Le Devoir : http://www.ledevoir.com/2005/11/10/94685.html
De dire Pierre Karl Péladeau, le choix de Quebecor consistera donc à « être un agent de changement » et de « participer activement à l’éclosion de ces différentes fenêtres de diffusion et d’y assurer une place majeure pour notre production. C’est ce que nous voulons faire avec la vidéo sur demande, avec ZIK.CA [le site de téléchargement légal de musique géré par Archambault], et bientôt avec la vidéo sur Internet et sur mobiles ».
Ce qui est clair, c’est qu’une révolution est enclenchée. L’arrivée d’Internet et la multiplication des offres de services en haut débit ne peut que mener à un changement fondamental de nos habitudes de consommation de produits télévisuels et culturels. En cours, des mutations majeures qui feront basculer la télé, le cinéma et la radio vers une plateforme Web, via le podcasting, le videoblogging, le photostreaming et IPtv. Des visionnaires comme l’ancien vice-président des Etats-Unis, Al Gore, ont compris l’importance de se positionner sur la grande Toile afin d’imposer leur « brand ».
Avec la mise en place du réseau de télévision Current TV, Al Gore et ses partenaires ont voulu créer une chaîne clairement partisane, en tentant de mettre un terme à la dominance des médias conservateurs aux États-Unis, représentés par Fox News.
La programmation de Current TV a la particularité de voir un quart de son contenu généré par les abonnés eux-mêmes, sous forme de clips dont la caractéristique principale repose sur la durée limitée : entre quelques secondes et 15 minutes. Cette approche peu commune se veut en effet plus proche des habitudes télévisuelles des 18-34 ans, cible prioritaire de Current. Current TV ne s’interdit pas non plus de diffuser des images d’actualité tournées par des amateurs, que ce soit dans une manifestation à Gaza, un hôpital en Irak ou des chambres d’étudiants en Iran. Elle a aussi mis en place des concours de vidéo pour encourager la création individuelle, dont les meilleurs exemples sont ensuite diffusés sur la chaîne. De cette manière, près d’un quart des programmes de Current TV sont assurés par ses propres téléspectateurs. Basée à San Francisco, Current TV fait travailler autour de Al Gore 120 salariés, jeunes pour la plupart, dans une ambiance décrite comme très décontractée.
Current TV (Wikipedia) http://fr.wikipedia.org/wiki/Current_TV
Et que dire de la révolution que vivra le cinéma? Au début de 2006, lors de la grande foire commerciale du Consumer Electronic Show, l’acteur Morgan Freeman et Intel annonçaient la création de la société ClickStar, dont la mission première sera la distribution de films à la carte, par le biais d’Internet. Autant les grandes productions des majors que les films réalisés par les producteurs indépendants auront leur place dans le catalogue de ClickStar. Certains studios pourraient mettre être tenté de distribuer leurs films uniquement par ce réseau. Bref, logiquement, l’initiative de Freeman et d’Intel ne devrait être que la première d’une série d annonces du même type au cours des prochains mois.
Une chose est toutefois certaine : la révolution à venir prendra place au salon. Et les premières salves en direction de ce nouveau champ de bataille ont été tirées par Microsoft avec le lancement de sa console XBox 360. Alors que la majorité des chroniqueurs n’y ont vu qu’une simple console de jeux améliorée, quelques-uns, plus perspicaces, ont compris que la Xbox 360 était le cheval de Troie que Microsoft avait imaginé afin de prendre place au salon. Public-cible : les jeunes de 15 à 25 ans, ceux qui viennent à peine de quitter le foyer familial ou qui le feront au cours des prochaines années. Mission prévue : Outre être la meilleure console de jeux vidéo, Microsoft entend faire de la Xbox 360 un outil de convergence et de distribution de contenus numériques. Il en sera de même pour Sony avec sa nouvelle console PlayStation 3, dont le lancement est prévu pour le premier trimestre de 2006. Bien que toujours aussi discrète quant à ses projets futurs, on s’attend à ce qu’Apple dévoile en 2006 un projet d’ordinateur média, un Mac mini Média.
Bref, Microsoft prépare la convergence à grande échelle de toutes les transactions sur Internet. Avec l’introduction de Windows Vista, IPTV, les PCs Media Center et la Xbox 360 comme moyen d’interagir avec du contenu distribué via réseau, elle pourrait alors être perçu sur le marché comme la compagnie ayant réussi cette convergence. Et il en est de même pour Sony, et sûrement Apple, qui a imposé le concept de hub numérique.