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On le croyait agonisant le tristement célèbre « ebook » – dit « livrel » en français de chez-nous. À quoi bon, en effet, cet encombrant et coûteux appareil alors que le papier demeure si abordable, si facile à manipuler, si léger?
Voilà pourtant que les grands du multimédia, les Adobe, Microsoft et confrères, réunis sous l’égide du Open ebook Forum (OeF), nous assènent d’optimistes statistiques témoignant de la résurrection du livre électronique. Mais cette fois, sous la forme de fichier informatique téléchargeable, à la manière de ce qui se pratique déjà en musique.
Autrement dit, après avoir transformé le marché de la musique, les internautes s'attaqueront-ils à celui du livre?
Ce « nouveau » livre électronique connaîtrait la plus forte croissance de tous les secteurs de l’édition, selon l'OeF. Un chiffre, parmi d’autres : 25 % d’augmentation des ventes entre le troisième trimestre de 2004 et celui de l’année précédente, pour un montant global de 3 227 972 $, soit quelque... 419 962 exemplaires. En tête de liste : Dan Brown et ses divers succès, dont le Da Vinci Code, les incontournables Stephen King et –best-seller universel– ... Holy Bible.
Émergence d’une tendance ou surenchère?
« Comme disait Shakespeare, beaucoup de bruit pour rien! », lance Philippe Le Roux, actionnaire de VDL2, une agence de communication et de marketing spécialisée en commerce électronique. Fondée en 1994, la firme est réputée pour son analyse des tendances du marché du multimédia. Philippe Le Roux ne croit tout simplement pas au phénomène; le « e-book » ne détrônera pas le livre papier pour la bonne et simple raison qu’il n’offre aucune valeur ajoutée.
À cette règle, deux exceptions : le manuel d’instructions, qui permet des fonctions d’utilisation, telle que la mise à jour via internet; et la documentation de référence, pour ses facilités de recherche textuelle. En fait, bon nombre d’entreprises de haute technologie, tel que Boeing, et d’institutions du savoir, dont l’Université de Phoenix, utilisent déjà ces « livres » électroniques, et poursuivent l’exploration et le développement de leurs infinies possibilités.
Les promoteurs du livre électronique vantent pourtant la valeur ajoutée de leur produit, notamment par l’utilisation des technologies nomades. En quelques clics, on peut maintenant télécharger l’oeuvre d’Alexandre Dumas ou un ouvrage sur la gestion de stress sur son agenda électronique ou son cellulaire. Pratique dans le métro comme chez le dentiste. Et si un passage nous plaît particulièrement, on l’envoie à l’adresse courriel de son meilleur ami.
Reste un problème selon Leroux: la taille de l’écran. Même constat face aux limites de cette technologie chez les internautes les plus branchés. « Ça va pour lire cinq ou six lignes à la fois, comme des nouvelles. Mais pas pour un livre! », commente Yanik Proulx, un travailleur du multimédia qui connaît bien le millieu « geek ». Il décrit le phénomène du livre électronique comme « mineur », voire « dérisoire ».
Piratage : après la musique, le livre?
Reste un avantage indéniable en faveur du livre sous forme de fichier informatique : son prix. Normal, on ne paie alors qu’un contenu. Un argument qui pourrait, si la technologie arrive un jour à combler les besoins du lecteur, faire tout basculer.
Certes, l’industrie s'emploiera à limiter les dégâts. « On l’a vu avec la musique, les films. On ajoutait une barrière; le lendemain, quelqu’un trouvait le moyen de la franchir. C’était ridicule », rétorque Yanik Proulx. Philippe Le Roux renchérit : « Pour contrer le piratage, le livre suivra la même tendance que les autres, celle de la gratuité. »
Il demeure évidemment plus complexe de télécharger illégalement un livre qu’une simple chanson. Mais une fois le fichier en main, spécialiste et usager s’entendent : rien de plus facile que de le mettre à la disposition de la planète...
Ce qui protège le mieux l’industrie du livre? La faiblesse du catalogue actuel sur le net. Encore qu'Internet constitue d'ores et déjà la principale menace de certains types de livres. Premier mort prévu au combat : le livre de recettes. N’importe quel usager sait bien qu’en entrant quelques mots-clés sur Google, il aura rapidement trouvé la solution au repas du soir. À moins de s’appeler A la Di Stasio. À moins, donc, que le livre de papier, à son tour, offre une valeur ajoutée.
« Le livre devra faire un pas en avant pour ne pas creuser sa propre tombe, tranche Philippe Le Roux. Il devra se révolutionner. »