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La convergence sera un échec. Et les paris sont ouverts pour savoir dans combien de temps les grands empires comme BCE ou Quebecor vendront leur actif à perte.
Le moins que l'on puisse dire c'est que, en décrétant l'échec de la convergence et en faisant de telles prédictions, le groupe VDL2 n'a pas froid aux yeux, d'autant plus que ce groupe bien connu compte plusieurs organisations québécoises comme clients, auxquelles il prodigue ses conseils stratégiques sur l'utilisation d'Internet.
Depuis trois ans, VDL2 publie ses prévisions Internet, une analyse des grandes tendances qui marqueront Internet dans l'année. Le groupe pousse l'honnêteté jusqu'à diffuser sur son site Web ses prévisions des deux années précédentes, histoire de mesurer son éventuel taux d'erreur!
En janvier 2001, VDL2 prévoyait déjà que la convergence des entreprises allait échouer. Elle renouvelle cette prédiction cette année. « Après la période de grâce dont ils ont bénéficié en 2001, écrit VDL2, les empires de la convergence de chez nous (Bell, Quebecor, CanWest, etc.) et d'ailleurs (AOL-Time Warner, Vivendi-Universal, etc.) devront rendre des comptes cette année et les succès escomptés ne seront toujours pas au rendez-vous. On devrait donc voir apparaître cette année les premières fissures dans ces colosses dont plusieurs seront démembrés (par vente ou fermeture de nombreux actifs) dans les prochaines années. »
Philippe le Roux, associé chez VDL2 et analyste Internet, reconnaît que les précisions de son groupe sont assez « radicales » concernant la convergence.
Mais il persiste et signe. Aux États-Unis le premier succès mesurable de l'achat de l'empire Time-Warner par l'empire America On Line (AOL) fut la vente de 100 000 abonnés de magazines Time-Warner aux abonnés Internet de AOL. « C'est bien, commente Philippe le Roux, mais est-ce qu'on avait besoin d'acheter toute la compagnie pour faire une telle vente? On aurait pu tout simplement s'entendre sur un contrat promotionnel. »
Le Roux soutient en fait que les coûts liés à la convergence sont beaucoup trop lourds par rapport aux profits potentiels ou réels.
Les grandes entreprises qui investissent dans la convergence font le pari d'un marketing croisé entre chaînes de télévision, publications et sites Internet pour aller chercher une part importante du budget des consommateurs consacré à l'information/divertissement, explique-t-il. Mais ce budget n'est pas extensible à l'infini.
Plus important encore, les nouveaux empires médiatiques basés sur la convergence sont des empires fermés sur eux-mêmes, ce qui limite leur capacité d'aller chercher de nouveaux revenus pour financer leurs énormes achats. « AOL ne peut pas mener une grande opération commerciale avec Disney parce qu'il doit uniquement tenter de vendre à ses abonnés des produits Time-Warner, illustre Philippe le Roux. Au Québec Le Journal de Montréal peut se réjouir d'avoir maintenant une plus grande promotion sur les ondes de TVA. Mais une telle promotion nécessitait-elle de s'endetter autant chez Quebecor? Et Le Journal de Montréal dispose maintenant de moins de promotion chez les autres chaînes de télévision... La convergence implique un système fermé et le prix à payer en est trop lourd. »
Autre problème mis au jour par VDL2: sur papier le succès de la convergence repose aussi sur l'utilisation d'un centre unique de diffusion/distribution pour toutes les activités, d'une sorte de méga-boîte noire qui servirait autant d'ordinateur que de téléviseur, de console de jeux vidéo, de système de son ou que sais-je encore.
Mais dans la réalité, VDL2 prédisait déjà il y a un an que cette convergence technologique n'aura pas lieu. « Les consommateurs utilisent différentes technologies et ils s'en portent bien, de dire Philippe le Roux. On constate d'ailleurs que le nombre d'internautes qui surfent sur Internet tout en écoutant la télévision sur leur téléviseur augmente sans cesse. Je ne crois donc absolument pas que la télévision et l'ordinateur fusionneront dans le même appareil puisque les consommateurs montrent déjà qu'ils utilisent selon leurs besoins des technologies séparées. »
L'avenir dira si VDL2 a raison... mais nous apprécions beaucoup son discours critique par rapport aux obsessions affairistes des méga-empires de communication!
L'échec de la convergence n'est qu'une des neuf grandes prédictions Internet de l'année 2002 du groupe VDL2. Parmi les autres prédictions, le groupe prévoit une démocratisation du commerce électronique, l'échec des réseaux payants de musique, la résurgence du Web communautaire, le développement véritable d'Internet haute vitesse et la déstabilisation du géant Microsoft à cause des lancinants problèmes de sécurité de ses produits.