Tendances

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Bilan des tendances 2002

1. Démocratisation du commerce électronique

Après la folie des pionniers en 1999, la déconvenue en 2000 et la consolidation en 2001, le commerce électronique va commencer à s'implanter durablement dans le mode de fonctionnement des consommateurs et des entreprises. Les forts résultats attendus des ventes de fin d'année combinés à la résolution d'une partie des problèmes infantiles du commerce électronique et de sa logistique vont lui conférer le statut d'important canal de distribution parmi d'autres et non plus, selon les points de vue, de commerce de l'avenir ou d'aberration technologique.

Bilan en 2003 : Tendance confirmée.

Pour la première fois, les américains ont été plus nombreux à faire leurs achats de Noël par Internet que par catalogue. Ceci explique probablement pourquoi la croissance des ventes de Noël par Internet a été 4 fois supérieure à celle des magasins. De notre coté de la frontière, alors que les achats en ligne faits par les Canadiens sont passé de 1,5 en 2000 à 2,2 milliards de dollars en 2001. Tout semble indiquer que cette année la croissance a été aussi importante notamment quand on tient compte du fait que les Canadiens feront plus de de 5 % de leurs achats de noël sur Internet pour un montant d'un milliard de dollars. Si comme on s'y attend, les ventes de détail sur Internet dépassent les 3 milliards de dollars, elles représentent plus de 1 % de l'ensemble des ventes de détail, mais plus de 2 % des ventes de détail hors alimentation, médicaments et véhicules automobiles. Une proportion qui devient non négligeable surtout qu'il semble que le taux de croissance de 50 % semble se maintenir. L'impact pour de nombreuses entreprises canadiennes est déjà important, quand on sait que VIA Rail Canada ou le réseau Admission font aujourd'hui plus de20 % de leurs ventes sur Internet.

2. Microsoft déstabilisée par ses problèmes de sécurité

La multiplication des failles de sécurité dans les logiciels Microsoft, combinée à la généralisation de leur utilisation et à leur importance croissante dans la vie des personnes, des entreprises et des institutions va rendre critique un problème qui se limitait jusqu'à peu à un désagrément incontournable. D'ailleurs la récente mise en garde du FBI sur les dangers de Windows XP est un premier symptôme de cette tendance. Il est fort probable que ces problèmes systémiques, inhérents à l'architecture Microsoft, lui fassent plus de mal sous la forme de bannissement de certains de ses produits dans des milieux sensibles et de pertes de parts de marché au profit de technologies concurrentes moins dangereuses, que les différents procès Antitrust qui s'enlisent dans une approche institutionnelle sans avenir.

Bilan en 2003 : Tendance confirmée.

Avec 72 alertes de sécurité dans l'année, soit plus d'une par semaine, Microsoft confirme la faiblesse de son architecture intégrée et a obligé la plupart de ses clients à passer plusieurs heures par mois a installer des rustines pour boucher ces nombreux trous de sécurité. Un certain ras-le-bol semble avoir été atteint avec la décision de 25 pays d'Europe, d'Asie et d'Amérique Latine de favoriser l'utilisation des logiciels à code libre pour se défaire du lien de dépendance à Microsoft et à ses failles de sécurité. D'ailleurs dans le marché des serveurs d'entreprises, ancien royaume de Windows NT, la part de marché de Linux croit dix fois plus vite que celle de Windows, cette perte importante de marché semble autant dépendre des limites de sécurité que de la nouvelle politique de tarification de Windows qui est jugée négativement par les deux tiers des clients coporatifs de Microsoft. Mais la force du monopole reste prépondérante et permet au géant de rester solide et de continuer à accumuler un taux de profit impressionnant de 85 % sur son système d'opération qui finance très largement les pertes accumulées par toutes les autres divisions en dehors d'Office.

3. L'échec de la convergence

Cette tendance avait déjà été annoncée l'année dernière mais elle est trop importante en terme d'impacts potentiels pour ne pas être renouvelée. Après la période de grâce dont ils ont bénéficié en 2001, les empires de la convergence de chez nous (Bell, Quebecor, CanWest, etc.) et d'ailleurs (AOL-TW, Vivendi-Universal, etc.) devront rendre des comptes cette année et les succès escomptés ne seront toujours pas au rendez-vous. On devrait donc voir apparaître cette année les premières fissures dans ces colosses dont plusieurs seront démembrés (par vente ou fermeture de nombreux "actifs") dans les prochaines années.

Bilan en 2003 : Tendance confirmée.

Cette tendance s'est confirmée tout au long de l'année et ce, de façon spectaculaire. Cela a commencé par la chute vertigineuse de la valeur de tous les groupes concernés de près ou de loin par la convergence, tandis que les médias restés à distance ont vu, comme Transcontinental, leur valeur progresser. Cela s'est continué par la mise à la porte de la plupart des capitaines de cette convergence, Jean-Marie Messier (Vivendi Universal), Thomas Middelhoff (Bertelsmann AG), Gerald Levin (AOL Time Warner) et Jean Monty (BCE) sont parmi les démis de cet échec. Du coté de Québécor, même si Pierre Karl Péladeau est encore en poste, la CDP s'est débarassée de tous les dirigeants associés de près ou de loin à cette convergence, notamment messieurs Scraire et Bélanger. Enfin plusieurs de ces groupes ont commencé à « déconverger », comme Vivendi Universal qui en un an a vendu ses participations dans la télé par satellite aux États-Unis avec Echostar et en Italie avec Telepiu, dans le producteur télé français Expand, dans l'édition scolaire avec  Houghton Mifflin, dans l'édition générale avec la vente de VUP au groupe Lagardère et bien entendu dans Internet où la vente du superportail Vizzavi Europe succède à la fermeture de la plupart des projets Internet (Scoot Benelux, Ad2One, @Viso, etc.). De son coté Bertelsmann s'est départit de sa participation dans AOL Europe, de BOL, le libraire électronique européen, de Cdnow, de Napster, etc.

4. Échec des réseaux de musique payants

Alors que depuis plus de trois ans, l'industrie musicale se cogne la tête sur le mur de l'Internet sans en tirer autre chose que des migraines. Alors que les approches sécuritaires de technologies censées rendre impossible le piratage ont échoué lamentablement, l'approche propriétaire va également échouer car elle continue d'aller à l'encontre de la dynamique d'Internet et, surtout, de la volonté des consommateurs qui s'attendent à profiter pleinement de la dématérialisation de la musique.

Bilan en 2003 : Tendance confirmée.

Alors que 40 % des internautes continuent de télécharger alégrement leur musique sur Internet, à peine 1 sur 10 dit avoir payé pour, et ce malgré l'acharnement de l'industrie du disque à fermer les Napster et autres Galaxy de ce monde immédiatement remplacés par de nouveaux systèmes encore plus performants et difficiles à fermer (Kazaa, eDonkey, Morpheus, etc.). Les ventes de disques sont en chute constante et vertigineuse. Le nombre de disques vendus aux États-Unis a chuté de 7 % en 2000, puis de 10 % en 2001 et de 10 % supplémentaires pour le seul premier semestre 2002. Au Québec, on constate la même chute depuis 3 ans. Tout un choc pour une industrie qui était habituée à des croissances annuelles de 10 %. Non seulement, les services de musique en ligne ne percent pas, mais le disque sera le seul produit dont les ventes en ligne auront chuté cette année (-25 %), alors que dans les autres secteurs la croissance moyenne est de 35 %.

5. Apparition du modèle d'affaires propre à Internet

Contrairement à ce qu'annoncent (rêvent) beaucoup d'analystes, le modèle du gratuit n'est pas mort, loin de là. Il suffit d'ailleurs à chacun de comparer le temps passé sur des sites payants à coté des heures passées sur des sites gratuits. Le modèle d'affaires d'Internet commence à apparaître et il ne ressemble à aucun des modèles habituels tout en ressemblant à tous. Ce modèle d'affaires reposera sur cinq grandes composantes qui sont par ordre d'importance un mode d'opération à très faible coût (la mesure du dollar dépensé par visiteur unique ou par page vue sont les clefs de la gestion d'un site), les revenus indirects (revenus traditionnels provoqués par Internet, économies de coûts d'opération provoqués par Internet), les revenus de services à valeur ajoutée (services complémentaires aux services gratuits, abonnements, etc.), les revenus publicitaires (sous toutes les formes actuelles et à venir) et les revenus de commerce électronique (commissions et autres revenus dérivés qui ne prendront pas d'ampleur avant plusieurs années).

Bilan en 2003 : Tendance confirmée.

Beaucoup d'entreprises Internet ont ateint la rentabilité cette année en appliquant tout ou partie de ce modèle. La meilleure illustration de cette tendance se trouve dans la résurrection économique de Yahoo. Il y a quelques années, 90 % des revenus du célèbre portail provenaient de la publicité. Avec l'effondrement de la bulle spéculative et de la valeur des bannières publicitaires, Yahoo a perdu 35 % de son chiffre d'affaires en 2001. Yahoo vend toujours de la publicité, mais une part grandissante de ses revenus, soit plus de 40 % aujourd'hui, provient de services à valeur ajoutée : services de recherche d'emploi, petites annonces, hébergement de sites pour les webmestres, téléchargement de musique, messageries électroniques et rencontres. Cette approche commence à être développée par un nombre important de sites. Au Québec, on peut penser à Branchez-Vous, RDS, Le Devoir et à plusieurs autres qui ont commencé à offrir de tels services payants à leurs services gratuits. Elle a pour résultat qu'aujourd'hui, un internaute sur dix paye pour de tels services générant ainsi un chiffre d'affaires de près d'un milliard de dollars pour les 9 premiers mois de l'année. Mais comme prévu la rentabilité ne s'est pas faite que là-dessus, elle a bénéficié de la croissance maintenue des recettes publicitaires Internet et de la rationnalisation des frais d'opération, notamment par le biais de nombreuses coupures d'emplois.

6. Résurgence du web communautaire

Alors que la folie des « dotcoms » a créé une dynamique de valorisation financière à tout prix, faisant disparaître directement ou indirectement de nombreux sites amateurs ou communautaires d'intérêt, la faillite des « chercheurs d'or » et la fermeture de leurs filons viciés crée un espace pour la réapparition de ce type de sites à buts non lucratifs. Le phénomène « Chez Maya », site amateur qui fait partie des sites les plus consultés au Québec devant la Presse et MontrealPlus, en est un symptôme révélateur.

Bilan en 2003 : Tendance erronée.

Force est de constater que le succès des sites personnels reste encore très marginal et que même les journaux webs « weblogs » ne semblent pas rencontrer un succès à la hauteur de leur qualité éditoriale et de leur diversité de points de vue.

7. La vraie révolution du P2P reste à venir

Jusqu'ici, le P2P (Peer-to-peer, connexion de machine à machine utilisée par Napster et le SETI) n'a servi qu'à faire trembler les majors de la musique, à chercher des bruits bizarres dans l'espace et à alimenter les travaux de recherche de nombreuses universités. Cette approche qui renoue avec la racine de partage originelle de l'Internet va déboucher sur la mise en oeuvre d'applications qui vont bouleverser totalement certaines de nos façons de faire et dont on verra apparaître les prémisses en 2002. Ce sera probablement autour du partage et de l'échange d'information (veille, outils de recherche, travail collaboratif, etc.).

Bilan en 2003 : Tendance confirmée.

Prêt à être déployé par l'armée américaine pour faciliter les communications et l'échange d'informations sur le champs de bataille, le P2P que l'on appelle aussi le Peer Computing, dépasse maintenant le simple piratage de chansons et de films. La plupart des grands noms de l'informatique investissent des sommes importantes dans le développement d'applications reposant sur les deux dimensions du P2P, le partage de contenu (file sharing) et la mise en commun de puissance (grid computing). D'ailleurs Microsoft, Sun, IBM et Intel sont en train de faire passer tout leur développement de « web services » (.Net, etc.) par le P2P. Les pionniers du P2P anarchique semblent voir l'opportunité et commencent à rentrer dans le rang pour capitaliser sur leur expertise. Le plus bel exemple est celui de l'un de ces pionniers de Napster qui a créé un nouveau type d'antiSpam basé sur l e P2 P.

8. Apparition des premières applications intéressantes de l'Internet Haute Vitesse

Alors que l'Internet Haute Vitesse atteint une masse critique en Amérique du Nord et commence son envol en Europe, on devrait voir apparaître (enfin) des applications permettant aux internautes de tirer réellement avantage de cette technologie. Ces applications s'éloigneront de la vaine tentative de faire compétition à la télévision qui reste, et pour longtemps, la technologie la plus adaptée à l'audiovisuel. Elles toucheront probablement le secteur de l'éducation et de la communication interpersonnelle. Malheureusement, le Canada et le Québec qui ont pris une avance considérable dans l'Internet Haute Vitesse avec près de 25 % de l'ensemble des foyers, semblent en retard sur les autres dans le développement de contenus et applications adaptés.

Bilan en 2003 : Tendance erronée.

Malgré l'avance prise par le Québec et le Canada dans la connection Haute Vitesse, il semblerait que le contenu ne suive pas. À tel point que les rumeurs font part de taux de désabonnement préoccupants chez les principaux fournisseurs d'accès Haute Vitesse. Les quelques initiatives intéressantes comme duceppe.tv de Télé-Québec, ou les archives de Radio-Canada ainsi que par des premières telles que la diffusion en direct du long-métrage Home sur Internet lors du dernier Festival des films du monde, restent marginales et ponctuelles. Il semblerait qu'il faille attendre que les américains et les européens se mettent aussi à la Haute Vitesse pour que l'on s'abreuve de leurs contenus.

9. L'enjeu du réseau à domicile

(Cette tendance ne se concrétisera surement pas avant quelques années mais elle est suffisamment importante pour être annoncée dès aujourd'hui)

Alors que depuis plus de dix ans, les joueurs de l'électronique domestique, de la télévision, des jeux et les vendeurs de PC se battent pour créer LA boîte noire qui controlera le centre de divertissement familial, il est fort probable que les consommateurs vont profiter de la démocratisation des réseaux à domicile pour combiner différentes technologies au lieu d'être prisonniers d'un système central. Cela va obliger les empires du divertissement à changer radicalement leurs stratégies d'affaires pour s'adapter à un environnement de cohabitation ouvert et non de monopole propriétaire.

Bilan en 2003 : Tendance confirmée.

Cette tendance se concrétise plus vite que nous ne le pensions: Alors qu'il était prévu que 6 millions de foyers se doteraient de réseaux à domicile en 2002, ce chiffre représente juste les foyers qui se sont équipés de réseaux sans fil, soit à peine 38 % des 15 millions de domiciles ayant installé un réseau cette année. D'ailleurs même Microsoft vient de se lancer dans le réseau à domicile, comprenant qu'il s'agit non seulement d'un marché porteur mais aussi d'une technologie stratégique pour prendre le contrôle de l'environnement de divertisement et d'information du foyer vu que l'on peut s'attendre à voir prochainement télés et systèmes de son rejoindre les ordinateurs et imprimantes sur le réseau à domicile.


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