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On devrait voir apparaître cette année les premiers phénomènes de concurrence directe entre l'Internet Haute Vitesse et la télédistribution traditionnelle (câble, satellite, etc.).
La tendance se met en place à un rythme moins rapide que prévu, mais de nombreux indicateurs confirment son inéluctabilité, surtout au Canada où près de 20 % des foyers branchés le sont à haute vitesse.
Le 31 janvier 2000, 10 studios hollywoodiens, 3 réseaux de télévision et 2 associations de sport professionnel obtiennent une injonction contre iCraveTV. Le 29 février, le site de iCrave TV ferme à la suite aux des poursuites combinées de la NFL et des industries télévisuelles canadienne et américaine. Le 16 mai, RecordTV.com relance le débat entourant la télévision sur Internet en créant le magnétoscope sur Internet. Les opérations de webcasting commencent à attirer des audiences dignes de la télé : Paul McCartney attire 3 millions de fans dans son concert depuis The Cavern; 2 millions de personnes visionnent le défilé de Victoria Secret, ce qui amène Madonna à privilégier l'offre de MSN au détriment des offres de nombreux réseaux de télévision pour la diffusion de son concert du 28 novembre 2000 à Londres qui a rejoint près de 9 millions de personnes.
On devrait voir apparaître les premiers symptômes marquants en 2000 (distribution à grande échelle de versions piratées de films commerciaux, diffusion promotionnelle de méga productions sur le Web, etc.)
Cette tendance s'est imposée comme prévu. Pour s'en convaincre les exemples ne manquent pas. Que ce soit la disponibilité de plus en plus grande de films piratés, avec 10 % des DVD disponibles gratuitement sur le Net, favorisée par le déploiement du standard de compression DivX et des systèmes d'échange de fichiers (peer to peer), la mise en oeuvre par l'industrie d'une guerre légale semblable à celle de la RIAA et la multiplication des contenus cinématographiques offerts, notamment courts métrages et extraits. Même si nous n'avons pas encore vu de superproductions diffusées sur le Net à des fins promotionnelles comme prévu, cette année aura vu le premier film conçu et lancé uniquement sur Internet : Quantum Project, disponible sur le site SightSound.com et distribué sur le réseau Gnutella.
Les résultats obtenus durant les fêtes vont créer le momentum, tandis que les succès obtenus par les pionniers vont faire paniquer les retardataires. Au Québec, plusieurs grandes entreprises vont se rendre compte de l'impact du retard pris par rapport à leurs concurrents, notamment dans le domaine de l'assurance (face à Bélair Direct), de l'alimentation (face à IGA), des articles sportifs (face à Michel Pratte Sports).
L'année 2000 aura vu les brick & mortar investir fortement sur Internet pour rattraper leur retard au moment même où le phénomène de mode se dégonflait et que leur challengers leurs compétiteurs virtuels accumulaient difficultés et échecs.
Cette tendance aura d'ailleurs vu les sites des marchands traditionnels mieux réussir que ceux de leurs jeunes concurrents. Alors qu'aux États-Unis, les plus grandes chaînes de vente au détail, comme Wal Mart et Home Depot, ont lancé en grand leur stratégie e-commerce, les grands commerçants québécois ont commencé à investir fortement. Après Archambault, c'est au tour d'Admission, de la SAQ, de RONA, de Dumoulin, de Jean Coutu, de Remax et de nombreux autres de dépenser des budgets allant jusqu'à plusieurs dizaines de millions pour se mettre en phase avec les consommateurs qui aiment de plus en plus magasiner, voire acheter, sur Internet. Il est vrai, par contre, que nous nous sommes royalement trompés sur la catégorie de marchands, nous aurions dû nous en tenir à la tendance ;-).
Ces bilans vont être dramatiques pour de nombreuses entreprises et leurs conseillers.
L'année 2000 aura été celle du grand ménage. Les entreprises qui n'auront pas su remettre rapidement la rentabilité à l'ordre du jour auront été sacrifiées sans pitié par le marché.
C'est la tendance de fond en 2000. Le Journal du Net recense 142 faillites majeures en Europe et aux États-Unis dans le secteur, tandis que les mises à pied se multiplient chez les autres. Pendant ce temps, la recherche du profit devient la préoccupation première des capitaux de risque, des marchés boursiers et des entreprises. En Angleterre, 30 % des dotcoms sont déjà rentables. À tel point que les consultants, qui ont souvent rédigés ou supportés les plans d'affaires rocambolesques des dotcoms et des projets Internet des entreprises traditionnelles, se retrouvent tous avec une baisse anticipée de leurs revenus et, fait rare pour des consultants, des pertes astronomiques qui fait voler leur valeur aussi bas que celle de leurs « protégés ». Autre symptôme de la tendance : le nombre de commerçants majeurs qui ont remis en cause leur site de commerce électronique, comme Kodak, Wal-Mart et Kmart, ou carrément l'ensemble de leur stratégie comme Toys « R » Us.
Le retard du Québec a fait que cette tendance ne s'est pas encore montrée chez nous, seules les firmes québécoises travaillant sur le marché américain l'auront ressentie douloureusement, comme Nurun qui a vu ses profits se convertir en pertes et son action chuter de 93 %, tandis que PTM a vendu sa division web pour se concentrer sur son mannequin virtuel. C'est probablement à la fin de cette année que les gros projets de commerce électronique québécois vont vivre le même phénomène de bilan sans complaisance qui affectera également leurs conseillers.
Fortes d'un marché boursier spécialisé, d'un marché local de grande ampleur et d'une stratégie nationale coordonnée par le gouvernement, des entreprises européennes prendront des parts du marché québécois. Des acquisitions devraient également faire passer de l'autre côté de l'Atlantique, certains des fleurons du web québécois. Des acquisitions devraient également faire passer certains des fleurons du Web québécois de l'autre côté de l'Atlantique.
Cette tendance apparaît plus lentement que prévu et elle se combine à une avec l'apparition de nombreux joueurs américains sur notre marché local.
Dès le mois de janvier, Kazibao venait acheter le site québécois L'Escale; il fut suivi par Infonie qui racheta la moitié de Francité un mois plus tard, lequel vient de racheter Webséduction et 4adate.net. Parallèlement, les Américains débarquent en force au Québec avec Yahoo, Amazon et AOL qui annoncent des versions québécoises de leurs activités, tandis que Compuware s'offre Nomex. Nous ne prenons pas en compte le rachat d'Universal/Seagram par Vivendi qui, même s'il s'agit d'une transaction franco-canadienne majeure autour d'Internet, ne concerne pas réellement un « fleuron du web québécois », pas plus que le rachat de DTI par Infogrames dans le domaine du jeu.
L'ensemble des intervenants, notamment le ministre Landry, auront démontré leur manque de vision en réorganisant l'ensemble du marché boursier canadien sans prévoir cette bourse. La présence de cette bourse au Québec est l'une des principales conditions du maintien d'une industrie québécoise solide de l'Internet francophone.
Cette tendance était tellement fondée que le gouvernement a fait son possible pour s'assurer de la localisation à Montréal du Nasdaq canadien.
Il faudra malheureusement plusieurs années pour que cette implantation soit complète et influence directement les capacités de financement des entreprises de haute technologie québécoises. Pendant ce temps, les PCI (prises de contrôle inversées), seules portes d'accès à la Bourse des jeunes entreprises, se multiplient avec Invention Media, ZAQ Technologie, Lyre-Tech, NetCréation, nStein et ClicNet qui suivent le chemin tracé par Netgraphe.
Le statut de cette tendance annoncée reste ambigu.
D'un côté, les succès se concentrent sur des pionniers qui ont su prendre de l'avance sur leurs compétiteurs et apprendre plus vite qu'eux les recettes du succès. C'est le cas bien sûr pour Amazon, qui reste le leader chef de file incontesté du commerce électronique de détail; pour Yahoo, qui devient le symbole du succès Internet tant au niveau de l'audience que des résultats financiers; d'eBay, dont le leadership est reconnu par tous au moment où la compagnie accumule les profits.
D'un autre côté, de nombreux pionniers prometteurs ont dû fermer leurs portes, se faire racheter ou sont à la veille de le faire, comme Garden.com, APB online, Mortgage.com, Reel ou Deja.com.
En fait, la recette gagnante semble être la combinaison de l'antériorité sur le marché (qui permet d'acquérir rapidement notoriété et parts de marché) et d'un plan d'affaires orienté sur vers la profitabilité.
Le retard qu'elles ont pris depuis 5 ans, sera difficile et surtout coûteux à rattraper. Leurs clients en feront souvent les frais, tandis que les propriétaires d'entreprises de conseil et de développement Internet en tireront de gros d'importants profits durant une vague d'achats à répétition qui va s'étaler sur au moins un an.
Cette tendance s'est totalement réalisée cette année.
Pendant que le cours des consultants informatiques chutait au lendemain du dégonflement de la baudruche du bug bogue du millénaire, ils multipliaient les acquisitions de firmes Internet. Que ce soit Compuware qui a acheté Nomex, Cognicase qui s'est offert ACME, Enter.Net, RealWave, Cactus et FireWorks, Informission qui a mangé Intellia pour devenir Nurun, CGI qui a acheté APG et sa division web Uniglobal, DTM qui vient d'acquérir près de la moitié de FokusGroup, le marché de la consultation informatique a vécu au rythme des acquisitions Internet. Et ce n'est probablement pas fini.
Les agences de publicité qui n'ont pas encore intégré le Net dans leur approche globale et les médias qui se sont contentés de se « reproduire » en HTML, seront les perdants de ce changement du paysage publicitaire.
Malgré la chute des dotcoms et la fin de la mode de la publicité à outrance qui caractérisaient ce secteur, le marché publicitaire Internet a continué à croître fortement en 2000. Par contre, cette croissance ne semble pas garantie pour les années à venir.
En effet, la croissance du marché publicitaire Internet aux États-Unis aura été de près de 100 % avec des estimations de 9 milliards de dollars pour l'année 2000 versus contre 4,6 en 1999, tandis que le nombre de nouveaux annonceurs sur le Web est passé de 949 par mois à près de 2500 par mois, démontrant la généralisation du médium Internet chez les annonceurs. En France, le marché de la publicité a augmenté de 156 % pour atteindre près de 600 millions de francs (120 millions $CAN), tandis que la croissance aura été de plus de 100 % à l'échelle du continent européen. Par contre, les signes sont inquiétants car cette croissance est inférieure à celle de l'année passée (148 %), alors que l'on a vu cette année la première baisse trimestrielle en valeur absolue (-6,5 %) du deuxième trimestre au troisième trimestre.
Il faut noter qu'au Québec la situation est inquiétante où, selon les estimations du milieu, la croissance cette année n'aura été que de 50 %, soit très en dessous des besoins de l'industrie du contenu québécoise. Cette faiblesse maintenue du marché québécois évite aux agences de payer trop cher leur retard, d'autant plus que la plupart d'entre elles ont accéléré l'intégration d'Internet dans leurs activités. L'absence de chiffres sur le marché québécois de la publicité Internet est un autre révélateur des problèmes de cette industrie.
Le phénomène de cheap labor démontré par UBISoft va se multiplier, probablement en conjonction avec la prédiction numéro 5. Les cerveaux, valeurs ajoutées et profits vont être à l'étranger, tandis que les emplois à faible rémunération subventionnés par le gouvernement seront « ghettoïsés » dans le Vieux-Montréal. L'accès aux statistiques des emplois créés dans les autres cités, allées et vallées du domaine montreront que ceux qui ont été créés à Montréal sont négligeables par rapport à la dimension de l'industrie (il s'est créé 100 000 emplois en 1998, à New York, juste dans l'industrie du Web).
Malheureusement cette tendance se concrétise pleinement.
La Cité soulève en effet une très vive controverse, tandis que la pression sur les salaires se fait de plus en plus forte dans l'industrie. D'ailleurs, certaines entreprises abandonnent les subventions. C'est principalement grâce à l'aérospatiale et aux biotechnologies que Montréal se fait remarquer dans les nouvelles technologies, deux secteurs qui n'ont pas été affectés par les programmes de cités.
Malgré cela, le gouvernement persiste et signe avec une cité du commerce électronique qui génère encore plus de controverses et dont beaucoup doutent de sa concrétisation réelle.
La correction boursière va avoir lieu, mais elle va créer tout un émoi car ce sera en grande partie une correction raisonnée : les titres surévalués ou reposant en grande partie sur des impressions superficielles vont dégringoler au détriment des titres des entreprises qui ont des résultats tangibles, notamment monétaires.
Sans commentaires ;-)